Les yeux revolver

Faire de ta peau un enfer

L’adversaire.

De l’envie mordante de t’embrasser cette nuit-là, je garde le regret d’avoir remis au lendemain ce que jamais plus il ne me sera permis de faire. On voudrait pouvoir convaincre. Comme lui a su raisonner ses sentiments et les éteindre, on voudrait pouvoir brûler d’autres peaux en un regard. Dans ses yeux si tu pouvais seulement voir On voudrait avoir été plus passionnés, pour que reste de nous quelque chose de plus fort. De moins convenable. De moins détaché. Mais dans ton décompte amoureux, pas même une moitié ne me sera accordée. Et j’ai beau rester impassible devant les cartes, devant ton bonheur prédit que toi-même tu ignores peut-être encore, il y a au fond de moi, une douleur sourde. Et dans mes yeux

Sometimes it lasts in love, sometimes it hursts instead.

J’aimerais écrire sur des murs, j’aimerais crier haut et fort. La nuit, finalement, est douce. Ils sont tous devenus mes chers et tendres. Et si je tiens debout, aujourd’hui, ce n’est plus à toi que je le dois mon ange. Bien sûr, il y a la rage peut-être encore. Mais c’est parce que je t’ai tout donné. Mon corps, mon âme, même. J’aurais donné plus encore si j’avais pu. Je t’ai livré ce que je voulais faire de ma vie, de la nôtre. Et tu l’as froissé. Il n’y a pas de mots, d’ailleurs, pour décrire. Et t’écrire. Mais c’est encore à toi que j’écris ce soir. Si tu pouvais seulement voir. Peut-on encore seulement vouloir te parler après tout ?

Prélude à l’indifférence.

Ne me diras-tu donc jamais à quoi ressemble ta vie à présent. Si elle est aussi légère et douce que tu le souhaitais. Ne me raconteras-tu donc plus ton quotidien, ce que tu deviens, ce que tu espères. Et de ton silence, j’envisage le pire. Je fantasme l’amour déjà, les rencontres, la peau d’une autre. [Les sentiments]. Et c’est par jalousie, tu vois. C’est par orgueil. Je voudrais tes larmes comme je t’ai pleuré. Je voudrais ta douleur comme je t’ai souffert. Je voudrais ton coeur comme je t’ai aimé. Je voudrais que les jours sans moi soient un poids que tu traînes jusqu’à la nuit et au sommeil, pour me retrouver. Je voudrais t’entendre et te voir aussi faible que j’ai pu l’être pour pouvoir alors te rendre l’appareil et que nous soyons enfin quitte.

Et j’implore encore. J’implore le ciel que tu ne me maudisses pas, que tu gardes ta langue acerbe pour une autre. J’implore le ciel que tu reviennes un jour, non pas pour me reprendre mais pour sentir que cette décision m’a été plus profitable qu’à toi.

Et comment peut-on en rester là. Comment t’attendre. Comment t’accueillir les bras ouverts quand tu sèmeras des platitudes quand bon te semblera. Comment faire ça, sans rancune. Il faudrait que quelqu’un dise quelque chose.

Il faudrait que quelqu’un, une fois pour toutes, rompe ton foutu schéma.

Tuez la.

Tu es là partout. Devant derrière ton visage quand je ferme les yeux. J’aimerais écraser mes mains sur tes joues et faire de ta peau un enfer comme tu as édifié si gentiment le mien tout autour. Je me sens prisonnière du vide que tu as laissé de tes bras remballés de ta langue ravalée. Et tu fais le fier. Putain tu vois j’aimerais bien écraser mes mains contre ton coeur frapper pour voir si ça sonne creux ou lourd. Il m’a été difficile de jeter tous les vestiges des années amoureuses. Il m’a été difficile mais je crois qu’il est préférable de faire comme si tu n’avais jamais existé, de faire comme si nous n’avions jamais été heureux puisque tu dévastes tout de ta parole sale. De tes mots inutiles, et indifférents et malhabiles, de ceux volontairement méchants et durs que tu jettes en plein visage. Tu es là partout. Et je déchire, et j’arrache chaque souvenir à ma chair. Et tu vas bien. Putain. Tu respires et tu dors serein. Et tu manges, te nourris du désert que tu as laissé. Tu es là et j’aimerais tellement que tu en crèves imbécile, heureux.

J’avance. Les rues, la foule, à rebours. J’avance. La solitude, le silence. J’avance. Dans la pénombre des galeries, les murmures. Je continue. J’ai acheté ma liberté au prix de la renaissance. Il m’a fallu mourir avant. Il m’a fallu l’accepter. Mettre les mots dans la tombe et les perdre. Aujourd’hui. J’ai la tête pleine d’images. Toute la journée, le regard, l’objectif. Les visages. Noir et blanc, les couloirs du fond de scène. Je suis loin de tout, j’avance. Je rentre, je pars. J’ai perdu la notion du temps. J’ai des années de retard.

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